Santé masculine : des repères de prévention et de suivi à chaque étape de la vie
La santé est influencée par différents éléments : des facteurs biologiques liés au sexe, des caractéristiques associées au genre et des déterminants sociaux (emploi, éducation, revenus, logement…). Il s’avère donc nécessaire de différencier les hommes des femmes, dans la prise en charge et l’accompagnement médical.
Dans cet article, nous mettons à l’honneur la santé masculine au travers de chiffres clés, des repères de prévention et de suivi à chaque étape de la vie. Nous vous disons aussi comment devenir acteur de votre santé : votre rôle est primordial pour détecter tout changement.
La santé des hommes en quelques chiffres clés1 / 2 / 3
- En 2019, l’espérance de vie des hommes à la naissance était de 79,7 ans (63,7 ans pour l’espérance de vie sans incapacité)
- En 2021, 10% des hommes ont déclaré un épisode dépressif caractérisé au cours des 12 derniers mois
- En 2019, 12,1% des hommes (tous âges confondus) présentent un score de soutien social faible
- En 2019, 14,6% des hommes consomment de l’alcool tous les jours ou presque
- En 2022, 27% des hommes fument de façon quotidienne, avec une consommation plus marquée chez les 25-34 ans et les 35-44 ans
- Avant 65 ans, la mortalité cardiovasculaire des hommes est 3 à 4 fois supérieure à celle des femmes. En pratique, les accidents cardiovasculaires surviennent en moyenne 10 ans plus tôt chez l’homme que chez la femme
Des repères à chaque étape de la vie4

Au-delà de ce focus par tranche d’âge (qui permet de se situer facilement dans des repères), nous vous proposons également dans cet article une approche par thématique, selon vos réflexions du moment.
Être acteur de sa santé en ayant un suivi global régulier
Santé physique4
Avant tout, il est important d’écouter « les messages » envoyés par votre corps (signes de douleur, fatigue, troubles du sommeil…) : les prendre en considération en allant consulter votre médecin, c’est déjà vous protéger. En effet, le dépistage précoce est primordial dans la prise en charge et les chances de guérison (en cas de maladie).
Sans symptôme particulier, il est cependant nécessaire de consulter au moins une fois par an un professionnel de santé (médecin généraliste) pour échanger sur vos habitudes de vie et prévenir l’apparition de certaines maladies (diabète, cardio-vasculaires, cancers). En complément, l’Assurance maladie propose un dispositif, « Mon bilan prévention », pris en charge à 100%, à différentes tranches d’âge : 18 / 25 ans, 45 / 50 ans, 60 / 65 ans et 70 / 75 ans.
Au-delà, la vaccination contre certaines pathologies constitue également un moyen de prévention et de protection efficace pour vous-même et vos autres, à condition de rester à jour de vos vaccins tout au long de votre vie (cf. calendrier des recommandations vaccinales). Par ailleurs, le dépistage organisé du cancer colo-rectal, tous les deux ans entre 50 et 74 ans, favorise un diagnostic précoce de cette maladie silencieuse (sans signe et sans symptôme), améliorant considérablement les chances de guérison (9 cancers sur 10).
Enfin, il est important de bien connaître vos antécédents familiaux pour mieux comprendre votre santé, identifier vos éventuels risques de développer certaines maladies (cancers, diabète, AVC, …), agir sur les causes modifiables (alimentation, tabac, alcool…) et être attentif aux signaux. Il vous suffit d’échanger avec votre famille pour recenser les maladies qui ont affecté vos proches ainsi que les causes de décès des différents membres.
Santé mentale et sociale
Être en bonne santé, c’est aussi être bien dans votre tête et avoir des interactions sociales. La vie d’un homme est chamboulée par différents événements, heureux ou tristes (rupture, perte d’emploi, problèmes financiers, arrivée d’un ou plusieurs enfants…). Ces moments ne sont pas sans impact : ils peuvent occasionner des déséquilibres émotionnels.
Selon une étude CSA réalisée en 2022 sur les hommes et leur santé mentale, 9 hommes sur 10 trouvent normal d’exprimer leurs émotions mais 1 sur 2 a encore du mal à le faire. Or il est nécessaire d’oser parler de vos bouleversements et de la façon dont vous les affrontez, avec plus ou moins de difficultés, afin d’être soutenu éventuellement par un professionnel.
Votre famille, votre entourage, vos amis jouent aussi un rôle essentiel : il est important de maintenir un contact régulier, aussi bien pour votre bien-être que pour le leur. Selon l’étude CSA précédemment citée, les moments conviviaux avec les proches sont des occasions privilégiées pour libérer la parole masculine sur ces sujets de santé mentale. Et le sport constitue la première échappatoire à une baisse de moral.
Pour en savoir plus, lisez l’article « Les hommes ont-ils une santé mentale ?
Être attentif aux dimensions masculines (suivi médical spécifique)
Santé sexuelle5
L’enquête « Contexte des Sexualités en France » de 2023 met en évidence des résultats inquiétants en termes de prévention, aussi bien au moment de l’entrée dans la vie sexuelle (baisse du recours à la contraception et au préservatif lors du premier rapport) mais aussi plus tard dans la vie (lors du premier rapport avec un nouveau partenaire). Au vu de ces données, il est important de rappeler les avancées qui ont eu lieu en la matière, au cours des dernières années :
- L’obtention de préservatifs masculins (de certaines marques) est gratuite en pharmacie pour les moins de 26 ans (depuis le 1er janvier 2023) et remboursée à hauteur de 60% par l’Assurance maladie sur prescription médicale (médecin ou sage-femme) au-delà de cet âge (depuis 2019).
- Le dépistage sérologique du VIH peut se faire dans tous les laboratoires de biologie médicale ou dans un CeDIDD (Centre Gratuit d’Information, de Dépistage et de Diagnostic), sans ordonnance, sans rendez-vous, sans avance de frais avec une prise en charge à 100%. Cette facilité d’accès au dépistage est étendue à quatre autres IST : sans ordonnance, avec une prise en charge à 100% pour les moins de 26 ans.
- Par ailleurs, la vaccination contre le papillomavirus (HPV) est recommandée pour les jeunes hommes jusqu’à 19 ans afin de prévenir certains cancers. Depuis 2023, il est possible de se faire vacciner gratuitement, avec l’accord des parents, au collègue (classe de 5ème) dans les établissements publics ou privés sous contrats qui se sont portés volontaires.
Vous souhaitez en savoir plus, rendez-vous :
- sur Onsexprime
- dans les Espaces de Vie Affective, Relationnelle et Sexuelle (EVARS), lieux anonymes et gratuits, permettant d’accéder à une information objective et bienveillante. Pour trouver votre structure EVARS près de chez vous, cliquez ici
Paternité5
Tout projet d’avoir un bébé peut faire l’objet de questionnement chez un homme ou un couple, dont il est possible de discuter avec un professionnel de santé (médecin généraliste, sage-femme ou gynécologue), dans le cadre d’une consultation pré-conceptionnelle. Celle-ci permet de faire le point sur les antécédents, connaître les bonnes habitudes à mettre en place et prendre connaissance des risques liés aux conduites addictives.
Une fois que la grossesse est confirmée, un suivi mensuel se met en place et trois échographies (une par trimestre) sont réalisées au cours d’une grossesse sans particularité. Les parents sont aussi invités à suivre des séances de préparation à la naissance et à la parentalité. Un entretien précoce prénatal est organisé pour préparer l’arrivée du bébé.
Après l’accouchement, des ateliers postnataux autour de la parentalité sont proposés entre le 8ème jour et la 14ème semaine, qui sont prises en charge à 70% par l’Assurance maladie.
Malheureusement, une grossesse peut s’interrompre de façon prématurée, par une fausse couche par exemple. Depuis septembre 2024, les couples confrontés à cet événement peuvent bénéficier d’un accompagnement pluridisciplinaire dans le cadre d’un « parcours fausse couche », en hôpital et en ville, afin de ne pas banaliser la survenue de ce traumatisme (1 couple sur 4 est concernée par la fausse couche).
Santé cardio-vasculaire
Il est possible de tester votre profil cardiovasculaire, grâce à un test réalisé par la Fédération Française de Cardiologie :
Ce test permet d’évaluer votre risque en tenant compte de votre profil et de vos habitudes de vie, afin de vous permettre ensuite d’agir sur les facteurs de risque grâce aux résultats et aux recommandations formulées.
Attention toutefois, ce test ne s’applique pas si vous avez déjà été victime d’un accident cardiovasculaire.
Par ailleurs, ce test ne remplace pas une consultation chez le médecin traitant et un spécialiste en cas de symptômes, ni la réalisation d’examens prescrits (type ECG / électrocardiogramme).
Cancers masculins

[Source : Améli]
Cancer de la prostate6 / 7
En 2018, ce sont près de 60 000 nouveaux cas qui ont été détectés, faisant ainsi du cancer de la prostate le plus fréquent chez l’homme.
Cette glande (cf. localisation sur le schéma ci-dessus) produit un liquide qui protège et enrichit le sperme. Lorsque ces cellules prostatiques se reproduisent trop rapidement, cela peut donner lieu à une tumeur maligne.
Plusieurs facteurs de risque sont identifiés : l’avancée en âge, les antécédents familiaux, l’appartenance à certaines populations (africaine et afro-antillaise), l’exposition professionnelle aux pesticides, une alimentation déséquilibrée et l’obésité (pas de lien clairement établi).
À un stade précoce, les cancers de la prostate sont souvent asymptomatiques. Pour autant, certains signes, notamment urinaires ou sexuels, doivent vous alerter : envie d’uriner fréquemment (notamment la nuit), infection urinaire, présence de sang dans les urines ou le sperme, difficultés à avoir une érection, douleurs lors de l’éjaculation, …
Un diagnostic de cancer de la prostate est établi après différentes étapes successives : d’abord, un toucher rectal (palpation de la prostate par le médecin) qui permet de vérifier le volume, la surface et la consistance de cet organe. En cas d’anomalie, le professionnel demande une prise de sang pour vérifier le dosage en PSA (Antigène Prostatique Spécifique). En fonction de ces résultats, il prescrit une biopsie à réaliser chez un urologue.
En cas de diagnostic avéré, il existe plusieurs options de traitements, selon la sévérité, la propagation à d’autres parties de l’organisme, l’état de santé globale de la personne et la présence éventuellement d’autres pathologies : surveillance, traitement hormonal, ablation de la prostate, radiothérapie et éventuellement chimiothérapie. Dans tous les cas, le choix du traitement se fait après échange entre le médecin et le patient, après information de ce dernier sur les différentes possibilités de traitement en précisant leurs avantages et inconvénients.
Cancer des testicules8 / 9
Bien qu’il ne concerne qu’1 à 2% des hommes, le cancer des testicules est en augmentation depuis ces 25 dernières années. Il touche principalement les jeunes hommes, le plus souvent entre 15 et 35 ans.
Les testicules sont à l’origine de la production de spermatozoïdes et contribuent à la production de testostérone (hormone qui développe les caractéristiques masculines : barbe, voix grave…). En bonne santé, les deux testicules sont globalement semblables chez un homme, même si l’un des deux peut être plus gros ou plus bas que l’autre. D’aspect normal, ils doivent être lisses, sans bosse ou grosseur, fermes mais pas durs. Il est possible de sentir un tube souple à l’arrière de chaque testicule, l’épididyme (transport et stockage des spermatozoïdes).
Les causes de ce cancer ne sont pas connues à ce jour. Certains facteurs de risque sont malgré tout identifiés : la cryptochidie (absence de migration naturelle de l’un ou des testicules, de l’abdomen vers le scrotum, durant l’enfance), la diminution de taille du testicule (suite aux oreillons ou un traumatisme), les antécédents familiaux, l’infection au VIH, la consommation de cannabis, des facteurs environnementaux (perturbateurs endocriniens) même si aucune substance n’a à ce jour été mise en cause.
Les signes fréquents du cancer du testicule sont : une grosseur sur le testicule (masse dure et indolore localisée sur la glande ou masse qui l’englobe), une augmentation du volume de la bourse. Ces seuls symptômes ne permettent pas d’affirmer la présence d’un cancer. D’autre signes cliniques peuvent être associés : augmentation du volume des seins et troubles de la fertilité.
Dans la grande majorité des cas, le patient découvre lui-même la tumeur à l’occasion d’une palpation. Après examen du médecin, une échographie scrotale bilatérale (des deux testicules) peut être prescrite, qui sera complétée par un dosage de différents marqueurs tumoraux (α fœtoprotéine, hCG totales et LDH) si la suspicion est renforcée par l’examen d’imagerie.
Diagnostiqué de façon précoce, ce cancer se guérit très bien. Le traitement proposé variera en fonction du stade du cancer et de l’état de santé globale de l’homme, mais l’ablation du testicule affecté est quasi systématique. Cet acte chirurgical peut s’accompagner d’autres traitements en fonction de l’extension de la tumeur (chimiothérapie, radiothérapie…).
Il est possible de détecter ce type de cancer de façon précoce en réalisant une auto-palpation régulière des testicules, à partir de 13 /14 ans.

[Source : Movember]
Pour aller plus loin
Sources :
1 Insee, Femmes et hommes : l’égalité en question, rubrique « Santé », édition 2022
2 Santé Publique France, Baromètre Santé 2022
3 Société Française de Cardiologie, Facteurs de risque cardiovasculaire et prévention, 2024
4 Site du gouvernement, Comment suivre ma santé quand on est un homme ?
6 Movember, Cancer de la prostate : les faits
7 Améli, Cancer de la prostate
8 Movember, Vos boules sont-elles en bonne santé ?
9 Fondation ARC, Les cancers du testicule, collection Comprendre et agir, avril 2024
