L’endométriose, cette maladie féminine qui s’immisce au travail
L’endométriose est depuis longtemps un sujet tabou du fait de ses symptômes non spécifiques, de son lien avec les menstruations et de la banalisation de la douleur. Toutefois depuis quelques années, la sensibilisation et l’information autour de cette maladie se sont améliorées dans le but de réduire les délais de diagnostic.
Concrètement, l’endomètre est le tissu qui recouvre l’utérus, l’endométriose est l’affection de ce tissu, qui va se développer en dehors de la cavité utérine. Les premiers signes peuvent se manifester dès l’apparition des premières menstruations et perdurer jusqu’à la ménopause.
Maladie inflammatoire et chronique, elle peut impacter très fortement le quotidien des femmes, en fonction de la gravité des symptômes.
Dans cet article, nous nous focalisons sur les répercussions que cette pathologie occasionne dans la vie professionnelle.
Quelques chiffres clés1 / 2 / 3
- 1,5 à 2,5 millions de femmes en âge de procréer en sont atteintes en France
- Entre 7 et 10 ans, en moyenne, de retard de diagnostic
- 65% des femmes atteintes d’endométriose indiquent un impact négatif de la maladie sur le quotidien professionnel
Quelles conséquences sur le travail ? 1 / 2 / 4
Variable d’une femme à l’autre, les symptômes peuvent parfois être indolores ou au contraire douloureux voire invalidants : douleurs pelviennes aigües imprévisibles, fatigue chronique, malaise, troubles physiques …. Cela n’est évidemment pas sans conséquence dans la réalisation des tâches et dans l’organisation du travail de la personne qui en souffre :
- Interruption nécessaire du travail pour des passages aux toilettes urgents, fréquents et prolongés
- Difficultés à se concentrer ou à réaliser certaines tâches, notamment à cause des douleurs engendrées par les changements de position ou le maintien prolongé dans une même posture
- Diminution de la capacité de travail et de l’efficacité du fait de la fatigabilité (avec un risque de récupérer le retard sur le temps personnel)
- Dégradation de la qualité de vie au travail (gêne, culpabilité, risque d’isolement, stress, irritabilité, dépression, …)
- Absences fréquentes, courtes, non prévues (pour gérer la douleur, la fatigue ou les soins)
À moyen terme, ces répercussions peuvent fragiliser l’agente sur le plan mental, social et professionnel : mise à l’écart de son équipe, perte de chance d’évolution professionnelle, difficulté du maintien dans l’emploi voire désinsertion professionnelle…
Quel accompagnement professionnel ? 1 / 3 / 4
En cas de douleurs importantes et récurrentes dans le bassin ou le bas ventre, il est indispensable de prendre rendez-vous avec son médecin traitant ou son gynécologue / sage-femme pour évoquer ses symptômes et réaliser des examens (Endotest).
Si un diagnostic d’endométriose est posé, il est impératif de consulter les professionnels du service de prévention et de santé au travail afin de vérifier l’adéquation entre son état de santé et sa fiche de poste. Ceux-ci sont soumis au secret médical. Informer son employeur ou son manageur de sa maladie n’est pas une obligation mais cela peut être nécessaire de le faire si elle impacte sa santé, son moral et sa capacité à travailler. Dans ce cas, il est utile d’expliquer ses symptômes, les impacts au quotidien et ses besoins en matière d’aménagement.
Différentes mesures peuvent être discutées et mises en place, en lien avec le service de médecine du travail, l’employeur et l’agente concernée :
- Aménager le poste (changement de matériel / équipement, limitation de certains mouvements ou positions pénibles, limitation des déplacements …)
- Adapter l’activité (remplacement des tâches incompatibles avec la maladie, ajustement des objectifs et des résultats…)
- Assouplir les horaires et le temps de travail (instauration d’horaires en décalés et flexibles, aménagement de pause plus fréquentes / longues, augmentation du télétravail ou possibilité de temps partiel…)
- Réaliser une demande de reconnaissance en qualité de travailleuse handicapée (RQTH) auprès de la Maison départementale des personnes handicapées pour bénéficier de mesures d’aménagement afin de compenser les conséquences de la maladie et favoriser le maintien dans l’emploi (cf. ci-dessus). L’attribution est provisoire, de 1 à 5 ans, mais renouvelable
- Bénéficier d’un arrêt maladie longue durée (possibilité de proposer ensuite une reprise temporaire à temps partiel pour motif thérapeutique)
En cas d’arrêt de travail, vous bénéficiez des indemnités journalières de la sécurité sociale
Les adaptations de poste de travail (techniques et humaines) peuvent faire l’objet d’une prise en charge financière par le FIPHFP. Tous les employeurs publics peuvent en bénéficier.
Qui pour être aidé ? 1 / 3 / 4
- Son médecin traitant / gynécologue, qui sont tenus au secret professionnel. Ils peuvent accompagner sur tout le volet médical (traitement et prise en charge), prescrire des arrêts de travail, accompagner dans la demande RQTH…
- Le médecin du travail ou de prévention, aussi tenu au secret professionnel, peut préconiser des aménagements de poste à l’employeur, adapté à son état de santé
- Des associations d’usagers comme EndoFrance, pour informer, orienter, sensibiliser globalement les agents et les manageurs des collectivités à l’impact de la maladie sur le quotidien
- Le dispositif Mon soutien psy qui permet de bénéficier de séances d’accompagnement psychologique avec une prise en charge par l’Assurance Maladie (entre 1 et 12 séances)
Pour aller plus loin
Sources :
1 Mon parcours handicap.gouv.fr, Comment adapter votre travail avec une endométriose ?, mars 2026
2 Anact, Endométriose et travail : comprendre et agir, guide pour les dirigeants et manageurs, mars 2024
3 EndoFrance, Travailler avec l’endométriose
4 Améli, Endométriose : suivi médical et vie quotidienne, décembre 2025