Santé des aidants : prendre soin de nous, c’est aussi prendre soin de l’autre

Aidants familiaux, proches aidants, aidants indispensables … Toutes ces terminologies désignent des personnes qui accompagnent une personne âgée, en situation de handicap ou un malade de moins de 60 ans, en général un membre de notre famille. En 2023, nous représentions 9,3 millions de citoyens soit un Français sur six. Nous sommes principalement des femmes (58%), des actifs (62%), dont la majorité est âgée entre 35 et 64 ans 1 / 2.

Que nous apportions un appui à des démarches administratives, coordonnions des intervenants professionnels à domicile, assurions des activités domestiques et / ou réalisions des soins, nous intervenons régulièrement, de façon permanente ou non, dans les actes du quotidien. Pour autant, nous sommes encore six proches aidants sur dix à ne pas avoir conscience de notre statut alors même que cette relation d’aidance impacte notre vie (aménagement de notre temps de travail voire arrêt, manque de temps, pas de loisirs …) et se répercute inévitablement sur notre santé.

Quels sont les principaux symptômes ressentis par les aidants ? Pourquoi est-il nécessaire de prendre soin de nous ? Vers qui nous tourner ? Et comment nous y prendre ? Voici les différents points que nous abordons dans cet article.

Quelques chiffres clés pour mieux comprendre cet enjeu de santé publique 2 / 3

  • Plus de 67% font part d’une charge mentale importante. 29% se sentent anxieux et stressés
  • 59% des répondants déclarent se sentir seuls depuis qu’ils sont aidants
  • 32% souffrent de fatigue physique
  • 61% des répondants déclarent avoir des problèmes de sommeil depuis qu’ils sont aidants
  • Près de 25% des répondants déclarent avoir augmenté leur consommation de médicaments
  • 48% des aidants souffrent d’une maladie chronique

Les problèmes de santé des aidants1 / 2 

La relation d’aide peut se révéler difficile à vivre au quotidien. Afin d’assurer l’accompagnement de notre proche, nous sommes beaucoup d’aidants à négliger notre propre santé. Nous devons tenir le coup, quelles que soient les circonstances et nous nous interdisons donc d’aller mal. Pour autant, en étant honnête envers nous-même, cela ne veut pas dire que nous allons bien !

Bien que l’aidance soit une expérience singulière, fonction du parcours de chacun, les enquêtes réalisées sur ce sujet mettent cependant en avant différents symptômes et facteurs de risques récurrents :

  • Fatigue
  • Épuisement physique et psychique : les aidants « subissent la course du temps, celui qui leur est compté, celui qu’ils n’ont plus, celui qui se transforme en mauvais temps, qui prend tant de temps à réparer et inverser » (Florence LEDUC, présidente de l’Association Française des Aidants)
  • Charge mentale et émotionnelle forte mais qui varie selon les individus
  • Isolement social accru, avec le sentiment pour certains d’être abandonnés par un entourage qui se raréfie, sans pour autant nous laisser la possibilité de demander leur aide
  • Douleurs physiques
  • Prise de médicaments
  • État de santé qui se dégrade au fur et à mesure que la charge augmente

À noter que certaines situations sont plus à risque pour l’aidant :

  • L’aidant et l’aidé cohabitent
  • L’aidant est l’ascendant de l’aidé
  • L’aidé est mineur
  • L’aidé a des troubles du comportement
  • L’aidant doit se lever la nuit pour aider le proche

Or prendre soin de nous, c’est aussi prendre soin de l’autre. Cela peut sembler paradoxal mais il ne s’agit en aucun cas d’une démarche égoïste. Au contraire, nous porter de l’attention, apprendre à être bienveillant envers nous-même et favoriser notre bien-être contribuent à développer une meilleure qualité relationnelle avec l’aidé car nous sommes davantage disponibles qualitativement pour l’autre. Cela nous conduit aussi à être en meilleure santé et à accroître notre énergie, indispensable dans ce type de relation qui peut s’inscrire dans la durée. Être plus à l’écoute de nos besoins permet de mieux nous situer dans l’action plutôt que de subir les événements de la vie.

Agir pour notre santé, dans sa globalité (physique, mentale et sociale)

Vers qui nous tourner pour parler de notre situation d’aidant et de notre santé ?4

  • Notre médecin traitant : faire le point sur notre santé, mettre en place un suivi régulier, se faire orienter vers d’autres professionnels
  • Les professionnels intervenant auprès de notre proche (ceux des établissements, des accueils de jour, des services à domicile …) : nous faire conseiller face aux difficultés d’accompagnement, échanger sur l’organisation de la prise en charge de notre proche
  • Les professionnels des plateformes d’accompagnement et de répit (PFR) : être écouté, nous faire conseiller
  • Des professionnels Instants Aidants, dispositif proposé par la MSA, gratuitement, pour tous les aidants de plus de 18 ans, quel que soit notre régime de sécurité sociale : avoir un suivi régulier par téléphone avec un infirmier référent, bénéficier d’un bilan global de prévention pris en charge à 100% et sans avance de frais
  • Notre caisse d’Assurance maladie (CPAM) : bénéficier d’un bilan de santé gratuit, tous les cinq ans
  • Santé info droit au 01 53 62 40 30 : ligne d’écoute et d’informations juridiques et sociales constituée de juristes et avocats qui ont vocation à répondre à toutes questions en lien avec le droit de la santé
  • Des associations spécialisées (cf. Pour aller plus loin) afin d’être sensibilisé à l’impact de la relation d’aide sur notre santé (en participant à des ateliers par exemple, en s’informant via de la documentation…)

Et si nous commencions par amorcer quelques changements ?

Maintenir une bonne hygiène de vie2 / 4

Bien nous nourrir, bouger et avoir un sommeil de qualité sont les clés pour conserver notre énergie dans la durée et réduire les risques de maladie.

Sur le plan de la santé mentale, apprendre à gérer nos émotions est un atout. Celles-ci sont parfois exacerbées en relation d’aide, elles sont alors à considérer notamment comme un signal d’alerte par rapport à notre niveau d’épuisement. Mettre des mots sur nos ressentis, comprendre les sources, les apprivoiser vont déjà nous soulager de ce poids et ensuite apaiser les tensions et les relations que nous entretenons avec notre proche mais aussi avec notre entourage.

Nous octroyer des temps de pause1 / 2

Nous libérer du temps, voire nous absenter quelques jours, sans culpabiliser, est l’occasion de maintenir un équilibre dans notre vie, de prendre soin de notre santé mais aussi de réapprendre à nous écouter, voire à réfléchir aux raisons qui nous motivent à être aidant et à le rester, que nous ayons ou pas le choix de cette situation. Comprendre nos motivations permet ensuite de trouver une satisfaction dans la relation d’aide et ainsi renouveler notre énergie.

Différents dispositifs existent sur les plateformes de répit : la suppléance à domicile aussi appelée relayage, les accueils temporaires de l’aidé, les séjours vacances-répit…. Il est important d’être au clair avec nos besoins avant de se renseigner pour trouver celui qui correspondra à nos attentes. Passer le relai est aussi une démarche bénéfique pour l’aidé : cela favorise sa vie sociale en lui donnant l’opportunité de rencontrer d’autres personnes et de (re)découvrir de nouvelles activités.

Garder, voire enrichir, notre vie sociale2 / 4

Aller chez des amis, sortir, pratiquer une activité (physique, manuelle, culturelle…) … : ces moments conviviaux nous sont nécessaires et contribuent à nous maintenir en bonne santé ! Et pourquoi ne pas échanger avec des personnes confrontées à une situation similaire ? Ce sont des occasions de partager des expériences communes, même si elles restent singulières, de ne pas rester seul face à nos questions ou nos doutes, de bénéficier d’une écoute, de mettre des mots sur nos difficultés, de trouver des réponses à nos problèmes… Il existe différents espaces d’échanges, d’information et de formation destinés aux aidants, renseignez-vous !

Pour aller plus loin

Sources :

1 Rapport « Soutenir les aidants en levant les freins au développement de solutions de répit », Emilie Fauchier-Magnan, Bertrand Fenoll, Olivier Toche (membres de l’Igas) – décembre 2022.

2 Avec nos proches, Mon journal santé d’aidant

3 Association Française des Aidants, Santé des aidants

4 Pour les personnes âgées.gouv, Aidants familiaux, comment préserver votre santé ?